Originaire des Pays-Bas, il a connu plusieurs vies professionnelles, une carrière internationale qui l’a conduit jusqu’au poste de directeur commercial de KLM, puis l’entrepreunariat dans les énergies renouvelables avec des projets développés en Europe et en Afrique du Sud. Mais son parcours l’a également conduit vers le monde du vin. Après une première immersion dans deux propriétés de Fronsac, les châteaux Richelieu et Arnauton, il a rejoint le château Branas Grand Poujeaux à Moulis-en-Médoc, dont il est aujourd’hui directeur et actionnaire. Un parcours atypique entre voyages, innovation, entrepreneuriat et passion du terroir.
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Vous avez d’abord construit une grande partie de votre carrière dans l’aérien jusqu’à devenir directeur commercial de KLM. Quels souvenirs gardez-vous de cette période ?
J’ai fait quand même presque 12 ans dans ce secteur. J’ai travaillé pour trois compagnies. Lufthansa était mon premier employeur. Après, je suis parti en Suisse. Ma première fille est née en Suisse, la deuxième en Allemagne et la troisième aux Pays-Bas. Oui, c’était un monde dynamique, international ! Ça m’a beaucoup plu. Bien sûr, j’avais beaucoup de responsabilités, de stress et des réunions parfois inefficaces comme on les connaît dans les grandes sociétés. Mais je garde de très bons souvenirs de cette partie de ma carrière. L’avantage de travailler pour une compagnie aérienne, c’est qu’on peut facilement voyager. Et comme j’étais directeur de vente marketing monde, j’étais obligé de voyager souvent.
À quel moment avez-vous ressenti le besoin de quitter cette carrière pour construire vos propres projets ?
C’était en 2004, un tournant dans ma carrière. C’est l’année où Air France a acheté KLM. J’étais l’un des seuls Néerlandais qui maîtrisait assez bien la langue de Molière. Mais j’ai dû quitter la compagnie parce qu’il y avait un directeur commercial de trop et c’était moi. Et donc, à ce moment-là, on commence à se demander quoi faire de la prochaine partie de notre vie professionnelle. Et comme j’ai cet aspect agricole génétique – mes grands-parents avaient des fermes, mon père était agronome –, j’avais développé une grande passion pour le vin parce qu’en Suisse, j’étais aussi responsable des produits à bord. Mes réunions préférées, c’étaient les réunions avec une équipe de sommeliers pour choisir le vin pour la classe affaires et la première classe. Donc voilà, j’avais développé une vraie passion pour le vin, et Bordeaux notamment, parce que mon père était un collectionneur de vins de Bordeaux.
Vous vous êtes aussi tourné vers les énergies renouvelables. Pourquoi ce secteur ?
Oui, après sept, huit ans à Fronsac, j’ai été obligé de vendre une propriété à une milliardaire chinoise. Et comme j’avais pas mal de temps, j’ai développé un projet agricole en Afrique du Sud. C’était en 2010, on était en pleine récolte. C’était une ferme qui avait des raisins de table et des raisins de cuve. On a fait du vin et on a exporté beaucoup de raisins de table. Cependant, il n’y avait pas assez d’électricité dans le pays. À ce moment-là, avec mon partenaire sur place, on a décidé de se lancer dans les énergies renouvelables parce qu’il y a tellement de soleil en Afrique du Sud. Depuis, je suis encore impliqué dans quelques projets en Afrique, mais aussi ici dans la région.
J’avais un ancien collègue, un Allemand, qui a travaillé avec moi à Lufthansa, en Allemagne. Et on est restés en contact. Il s’est installé là-bas. Et quand j’ai vendu Fronsac, j’ai analysé un projet économique, un projet agricole en Afrique du Sud. Et je suis tombé amoureux de ce pays qui est tellement beau malgré ses problèmes. Mais c’est un pays de cœur pour moi, l’Afrique du Sud.
Et avez-vous toujours un lien avec cette propriété sud-africaine ?
Aujourd’hui, je ne suis plus actionnaire dans cette ferme. Par contre, j’ai encore des terres là-bas où on développe encore une ferme solaire. C’est dans le nord-ouest de l’Afrique du Sud, près de la Namibie.
Il n’y a plus de vin. Par contre, petite anecdote, dans une semaine, on a le Marathon du Médoc. Et cette année, il y a une équipe Branas Grand Poujeaux. Il n’y a que des athlètes sud-africains dans l’équipe. Ce sont des amateurs de vin que je connais et qui m’ont demandé s’ils pouvaient constituer une équipe. Pour les châteaux, c’est plus facile d’avoir des places que pour des individus.
Quand on compare Bordeaux et l’Afrique du Sud, on compare deux histoires viticoles très différentes. Qu’est-ce qui vous fascine dans chacune d’entre elles ?
Ce qui me fascine en Afrique du Sud, c’est leur liberté, leur créativité. On a essayé à peu près tous les cépages. On est plus libre d’acheter des raisins et de faire une cuvée dans une autre région. Ça a entraîné davantage de créativité et je pense que j’ai appris un peu sur ce plan-là.
Vous souvenez-vous du moment où vous vous êtes dit que le vin pourrait devenir une partie importante de votre vie ?
Oui, c’était en 2004, quand j’ai commencé à chercher un petit terroir à Bordeaux.
Vous êtes directement tombé sur Fronsac ?
Pas directement, j’ai regardé un peu partout, mais j’ai fait la connaissance à l’époque d’un très bon œnologue qui n’était pas encore connu comme aujourd’hui. Il s’appelle Stéphane Derenoncourt. C’est lui qui m’a guidé vers Fronsac.
Disons que c’est un magnifique terroir, un peu sous-évalué. Et il y a du potentiel.
Et vous avez fait les deux un peu en même temps, Richelieu et Arnauton, il me semble ?
Oui, d’abord Richelieu et après, un groupe hollandais m’a demandé de chercher un domaine pour eux. Et on a négocié l’achat du château Arnauton.
Qu’est-ce qui différenciait ces deux propriétés dans votre manière de les travailler, dans votre vision du vin ?
En fait, ce qui m’a attiré à Arnauton, c’est aussi de pouvoir créer une synergie entre les deux domaines. Techniquement, on a essayé de créer le plus de synergies possibles entre ces deux domaines. Arnauton était très intéressant pour son tertre. Au sommet de ce tertre, c’est un terroir absolument unique. Et on a fait une cuvée qui s’appelle le Grand Sol. C’était pour moi, peut-être le meilleur Fronsac à l’époque.
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Comment s’est faite la rencontre avec Château Branas Grand Poujeaux ? Quelle a été votre première impression en le découvrant ?
Oui, en fait, il y avait un partenaire. Il y a toujours un partenaire belge qui s’appelle Justin Onclin. C’est un grand nom dans le monde du vin de Bordeaux. Il a créé une grande maison de négoce qui s’appelle Sovex Grands Châteaux. Il a aussi été, à un moment donné, directeur général du château Prieuré-Lichine à Margaux. Et il avait déjà entendu parler de ce terroir autour de Grand Poujeaux qui fait partie des meilleurs terroirs du Médoc. Il a donc investi pour sa famille ici en 2002. À l’époque, ce n’était que 6 hectares. Aujourd’hui, on en a 25. Et lorsque je l’ai rencontré, il m’a dit : « Arjen, mes enfants n’ont pas l’ambition de reprendre. Est-ce que tu voudrais devenir mon partenaire ? ». Puis, j’ai proposé à un autre ami qui est devenu actionnaire majoritaire avec moi ici.
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Il existe cette toute petite parcelle de Merlot dont beaucoup parlent aujourd’hui. Quelle est son histoire ?
Oui, c’est une belle histoire. Elle a commencé en 2018. J’étais en train d’arpenter toutes les parcelles avec un monsieur dont je venais de faire la connaissance, qui s’appelle Hubert de Boüard, un monsieur qui a beaucoup d’expérience avec, notamment, le Merlot. Et pendant qu’on se promenait, pour discuter de la date de vendange, dans une certaine parcelle qui s’appelle Marpaout, Hubert m’a dit : « Arjen, ce Merlot, c’est un Merlot d’une autre planète. Angélus est jaloux de cette qualité de Merlot ». Mais à ce moment-là, j’étais encore mentalement prisonnier de la tradition de l’assemblage. Parce qu’à Bordeaux, pratiquement tout le monde fait des assemblages. Il m’a fallu quatre ans pour me dire que finalement, j’allais faire un vin parcellaire de cette parcelle. Pendant ces quatre ans, je l’ai aussi étudiée. Je voulais comprendre pourquoi cette parcelle produisait cette qualité de Merlot. […]
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