Nous avons vécu en 2026 une année climatique exceptionnelle, combinant une faible pluviométrie et des températures très élevées. La météo de ce millésime a été rapprochée de celle de 1976, dont les Français se souviennent à cause du fameux « impôt sécheresse ». La comparaison est peu pertinente : cette année-là, la région bordelaise fut en réalité peu touchée par la sécheresse, les précipitations de juillet et août furent même deux fois plus importantes que la normale ! Quant aux températures, elles furent conformes à la moyenne trentenaire 1991-2020.
Le rapprochement le plus intéressant est à faire avec 2003. Dans les deux cas, la période de sécheresse s’installa dès le mois de mars et dura jusqu’à la fin septembre. En 2003, le cumul des précipitations de mars à septembre s’éleva à 292 mm, contre 379 mm en 2026, pour une moyenne trentenaire de 467 mm. L’année actuelle est en déficit de pluviométrie de 19 % par rapport à la normale, alors que ce chiffre, en 2003, descendit à 37 %, soit le double. En sens inverse, la canicule fut deux fois plus marquée en 2026. En effet, si l’on additionne les écarts des températures mensuelles maximales de juin, juillet et août par rapport à la normale, on obtient +8,9 °C pour 2003 contre +16,6 °C pour 2026. Du point de vue des températures, 2003 doit plutôt être rapprochée de 2025, dont l’indice est très proche, à +8,7 °C.
Plus la température est élevée, plus les besoins en eau de la vigne pour assurer l’évapotranspiration nécessaire à sa résistance à la chaleur sont importants. En 2003, mais surtout en 2026, ces besoins ont été très élevés. Dans le même temps, en 2026 mais surtout en 2003, les réserves en eau des sols en fin de saison étaient très faibles. Les grands terroirs de vins rouges procurent au vignoble, même dans les petites années, une alimentation en eau très limitante. Les terroirs moins nobles, qui donnent d’ordinaire à la plante une alimentation en eau peu limitante, évoluent, dans les grands millésimes, vers des conditions limitantes. Lors des deux millésimes évoqués 2003 et 2026, ils en viennent eux aussi à connaître des conditions très restrictives, se rapprochant alors de l’équilibre des grands terroirs. Les vieux Médocains en tiraient la conclusion suivante : il faut acheter les crus bourgeois dans les grands millésimes et les crus classés dans les petits millésimes. Nous avons donc interrogé quelques œnologues réputés pour approfondir la question.
L’année ayant produit de petites baies, parfois à la peau épaisse, l’œnologue médocain Antoine Médeville a conseillé à ses clients de faire fermenter les rouges à des températures très raisonnables et de ne plus effectuer de remontages en dessous d’une densité de 1030, c’est-à-dire lorsqu’il reste encore 4° d’alcool à fermenter. Malgré cela, un nombre non négligeable de cuves ont dépassé 100 d’IPT (tanins), ce qui est considérable. Il compare volontiers ces vins au superbe millésime 2022, à cette différence près qu’il trouve les merlots médocains, tous terroirs confondus, un peu en retrait par rapport aux cabernets sauvignons, aux cabernets francs et aux petits verdots, ce qui n’était pas le cas en 2022. Ces trois cépages sont superbes quel que soit le terroir, y compris sur des sols donnant habituellement des jus de qualité moyenne. Du point de vue des quantités, celles-ci lui semblent faibles, quoique légèrement supérieures à celles de l’année passée.
Par rapport au millésime 2003, que nous avons rapproché du 2026 sur le plan climatique, il juge la qualité globalement meilleure, avec des acidités plus élevées qui apportent davantage de fraîcheur aux vins.