Pour les amateurs de terroir – et Christian Dauriac est l’un de ceux-là – il y a des must en viticulture comme dans tous les autres secteurs du luxe. Homme de la rive droite de la Dordogne, après Saint-Émilion (château Destieux et château Montlisse) il ne pouvait que porter son regard sur une autre A.O.C. prestigieuse ; ce fut Pomerol, bien entendu. Mais en ces lieux réputés les choses ne sont pas simples.
Acquérir une propriété à la veille du deuxième millénaire était déjà un défi financier. Bien que cela fut possible, il préféra dans l’esprit dessiner un terroir plutôt que d’en reprendre un déjà constitué. L’idée fut de réunir en une seule propriété les différents types de sols existants sur la commune. Il effectua ainsi une sélection de parcelles, achetées l’une après l’autre dans des endroits très différents de l’appellation. Une fois le cru constitué en compagnie de son ami d’enfance Michel Rolland, il lui fallut un chai.
À Pomerol, de disponible, c’est chose plus rare qu’un mouton à cinq pattes. Il dut se résoudre à arracher quelques pieds de vigne et faire à juste mesure un chai de vinification et d’élevage qui soit à la hauteur de son ambition. Des chais nous en avons vu, celui-ci est une réussite. Esthétique, les matières s’y conjuguent avec le plus grand bonheur ; gustative, les vins s’y portent bien et ne déçoivent en rien. Bien plus que cela en vérité, c’est beau et bon ; certains venus d’outre-Atlantique ont déjà dit très bon, mais nous ne sommes pas pressés, un peu comme le bon docteur qui a eu, à Saint-Émilion, la patience d’attendre. La Clémence, cela sonne juste et devrait répondre au palais des grands épicuriens de notre temps.
Château la Clémence
Pomerol • 2 HA