Inclus au XVIIIe siècle dans les vastes domaines de la seigneurie de Lafite, qui furent confisqués et vendus comme « bien nationaux » lors de la Révolution, Château Clerc Milon reçut sa dénomination actuelle en 1850. Il appartenait depuis 1789 à la famille Clerc, qui associa son nom à celui du hameau de Pauillac où se trouvait la propriété. Le rang de Cinquième Cru qui lui fut attribué dans le fameux Classement de 1855 atteste de sa présence, dès cette époque, parmi l’élite des Châteaux du Médoc. Le vignoble s’étendait alors sur une trentaine d’hectares. Après un premier partage en 1877, la plus grande partie du domaine devint la propriété du dénommé Mondon, et son vin était vendu sous le nom de Clerc Milon-Mondon. À la fin du XIXe siècle, le cru conservait une très bonne réputation. Mais, au gré des ventes et des successions, le domaine originel continua de se réduire et son entretien laissa de plus en plus à désirer.
Il fut acheté 1960 par Jacques Vialard, notaire à Pauillac, et ne comptait plus qu’une quinzaine d’hectares.
En 1970, convaincu du potentiel qualitatif du cru malgré son état et sa faible notoriété, le Baron Philippe de Rothschild fit l’acquisition de Château Clerc Milon. Plus de la moitié de la surface initiale du domaine avait été scindé en centaines de parcelles… avec presque autant de titres de propriété ! Le Baron Philippe, qui présidait depuis 1922 aux destinées de Château Mouton Rothschild et depuis 1933 de Château d’Armailhac, estimait néanmoins que Clerc Milon méritait « d’être en bonne place » auprès des deux autres crus familiaux. Il entreprit donc un minutieux travail de rénovation du vignoble grâce au remarquable savoir-faire des équipes techniques de Mouton, et de reconstitution du domaine en rachetant peu à peu à leurs innombrables propriétaires les parcelles qui avaient été dispersées au fil des ans.
Cependant le cru manquait d’une image et d’une identité propres. Ce pourquoi il fut décidé que Mouton apporterait, là encore, son concours au nouveau venu. L’étiquette de Clerc Milon fut donc successivement illustrée par deux objets d’orfèvrerie allemande des XVIIe et XVIIIe siècles appartenant au Musée du Vin dans l’Art de Mouton Rothschild : d’abord et jusqu’en 1983 une Jungfraubecher, coupe de mariage en vermeil, puis un couple de danseurs en pierres précieuses.
En 1988, à la disparition du Baron Philippe, le remembrement du domaine allait bon train, et, auprès des amateurs, le vin avait regagné ses lettres de noblesse. Mais les installations techniques sur place se limitaient à un cuvier rudimentaire, les chais se trouvaient exilés dans le bourg de Pauillac et le « château » proprement dit n’était qu’une petite maison de village.
Ayant pris en mains la succession de son père, la Baronne Philippine se devait donc d’inscrire Clerc Milon dans ses ambitieux projets de modernisation et de développement de la société familiale Baron Philippe de Rothschild SA, vice-présidée par son fils aîné Philippe Sereys de Rothschild, et qui est en charge de la gestion des Châteaux.
C’est ainsi qu’en deux étapes un nouveau Clerc Milon est sorti de terre, avec en 2007 la mise en service d’un cuvier entièrement gravitaire, puis en 2011 celle d’un ensemble de près de 3600 mètres carrés comportant un chai à barriques semi-enterré, un caveau, des salles de réceptions et de dégustation. Les deux maîtres d’œuvre, le scénographe Richard Peduzzi et l’architecte Bernard Mazières, ont conçu un bâtiment rectangulaire en forme de temple, ceint par une vaste terrasse ouvrant sur les vignes. Les matériaux utilisés, la pierre, le verre, le bois, ne sont pas sans rappeler l’univers du vin. Enfin, l’énergie nécessaire est fournie par 300 mètres carrés de cellules photovoltaïques, et le même souci écologique dans le chai à barriques.
Avec sa haute silhouette, son fronton altier et ses bardages en bois rare, Clerc Milon n’est pas seulement visible sur les cartes de vins : il fait désormais partie intégrante du paysage de Pauillac !
Château Clerc Milon
5e Grand Cru Classé en 1855
Pauillac • 68 HA