Le Féret de 1868 cite le château Béard comme l’un des principaux crus de Saint-Laurent-des-Combes, pour 20 à 25 tonneaux de production annuelle. Le commentaire de la commune spécifie : « Son sol est à peu près semblable à celui de Saint-Emilion. Ses coteaux offrent un terrain fertile argilo-calcaire sur fond rocheux. (…) Ses vins, analogues à ceux de Saint-Émilion, sont en général classés comme deuxièmes crus ; cependant, dans certaines années, les meilleurs propriétaires ont vendu comme les premiers crus de Saint-Émilion ».
En 1929, le château « de » Béard apparaît pour 35 tonneaux et le « Féret » précise : « Son vignoble à flanc de coteaux, complanté en vieilles souches, dans des terrains silico-argileux, produit un vin exquis, beau en couleurs, très bouqueté, souple, d’une conservation sans égale et très apprécié des gourmets. Le propriétaire, Armand Goudichaud, a obtenu de nombreuses récompenses tant aux expositions françaises qu’étrangères. »
Armand Goudichaud apparaît encore 40 ans plus tard dans le « Féret » de 1969. Lui succèdent ensuite Robert Goudichaud, puis dans les années 1980, les filles de ce dernier qui cèdent la propriété à la famille Cordonnier en 2004. François et Étienne Cordonnier, il faut le préciser sont courtiers en vins en Belgique et en quête de la pleine expression du terroir de château Béard, cherchant toujours le charme naturel, l’élégance et l’équilibre, sans artifice.
Si le cru disposait déjà de nombreux atouts : terroir noble, vignoble bien tenu, chais vastes et bien équipés, ils ont été renforcés par des changements dont les bénéfices sont apparus au fil du temps.
Une étude géopédologique complète a été réalisée pour déterminer le mode de conduite optimal de chaque parcelle afin d’exprimer aux mieux son potentiel.
Différents travaux ont été menés à bien en vue d’améliorer la qualité de la production : programme raisonné d’apports organiques et minéraux, relèvement des surfaces foliaires, terrassements, assainissements…
Un travail précis est effectué pour chaque millésime des opérations en vert jusqu’au tri de la vendange sur table vibrante.
Au chai, la régulation thermique a été étendue au cuvier afin d’améliorer la qualité des vinifications. Les meilleurs lots sont sélectionnés pour l’élaboration du grand vin issus essentiellement des parcelles les plus nobles sur sols argilo-calcaire principalement mais aussi argile pure ou molasse affleurant sur les coteaux.
Les amateurs apprécient ces vins pour leur finesse et leur longueur. La puissance n’est pas l’objectif.
Pour rester fidèle à cette approche, les propriétaires se préservent des modes et des vogues et ont adopté cette tirade de Cyrano de Bergerac :
« Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
Avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, ou faire un vers !
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
A tel voyage, auquel on pense, dans la lune !
N’écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
Et modeste d’ailleurs, se dire : mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
Si c’est dans ton jardin que tu les cueilles ! »
Château Béard
Saint-Émilion Grand Cru • 6 HA