Un peu plus d’une soixantaine d’espèces phytophages de la vigne sont recensées en France, certaines présentant un intérêt historique (phylloxéra, altise, cigarier, …), d’autres une incidence économique locale (Eulia, pyrale) ou périodique (guêpes, drosophiles) et certains étant récurrents. Quelques espèces seulement parmi ces phytophages peuvent être considérées comme de vrais ravageurs, notamment des ravageurs-clés ou primaires, c’est-à-dire régulièrement nuisibles, avec par conséquent une incidence économique importante. Il s’agit essentiellement du nématode responsable du court-noué, des acariens rouges, jaunes et jaunes communs tisserands et des ériophyides et parmi les insectes, des tordeuses de la grappe et de la cicadelle jaune. D’autres comme l’Eulia et la pyrale, les thrips, la cicadelle verte, les cochenilles, les drosophiles et les coupe-bourgeons sont plus locaux, périodiques ou avec une incidence économique faible. On les qualifie de ravageurs secondaires.
LES NÉMATHELMINTHES OU VERS RONDS
Les nématodes sont de petits vers ronds, microscopiques, présents dans le sol, qui sont pour certains des parasites du système radiculaire. Le groupe qui a la plus forte incidence économique est celui des nématodes ectoparasites du genre Xiphinema car ils sont vecteurs de virus à la vigne. L’espèce la plus redoutée du viticulteur, Xiphinema index, vecteur du court-noué, est présente dans tous les vignobles européens. Sa dissémination s’est faite historiquement en même temps que la dissémination de la culture de la vigne. La lutte ne se justifie que si sa présence dans le sol a été clairement identifiée.
Il n’existe aucune méthode de lutte curative contre le court-noué. Il faut impérativement agir en préventif et planter dans des sols présentant une population réduite de nématodes vecteurs :
- dévitaliser les souches avant arrachage, 4 mois après l’application en automne ;
- extirper soigneusement le maximum de racines du sol après arrachage ;
- respecter un repos du sol de sept à dix ans avant de replanter de la vigne sur un sol contaminé ;
- utiliser du matériel végétal certifié, qui garantit l’absence de viroses graves ;
- entretenir les abords de la parcelle en éliminant les repousses de porte-greffes ;
- éliminer toute repousse de vigne sur les parcelles au repos ;
- éviter les apports de terre exogène pouvant être contaminée par des nématodes ;
- utiliser un porte-greffe retardant significativement la contamination par le court-noué, le Nomade Alain Bouquet, inscrit au Catalogue en 2011.
LES ARACHNIDES
Les acariens sont de microscopiques organismes qui ont été responsables de dégâts souvent spectaculaires au printemps et en été dans le vignoble girondin. Ils se développent sur les jeunes rameaux et sur les feuilles de vigne sur lesquels ils peuvent pulluler. Ces acariens appartiennent à deux groupes. Celui des tétranyques, autrefois appelé araignées (famille des Tetranychidae), qui comprend Panonychus ulmi (acarien rouge) qui domine en Bordelais, Eotetranychus carpini (acarien jaune) abondant les années chaudes et sèches comme lors de la canicule de 2003, ainsi que Tetranychus urticae (acarien jaune commun tisserand), exceptionnellement présent en Bordelais. Le groupe des Eriophyides (famille des Eriophyidae) est représenté par Colomerus vitis, responsable de l’érinose et depuis quelques années, identifié comme responsable de la transmission du Grapevine Pinot Gris Virus ou GPGV, et Calepitrimerus vitis, agent de l’acariose de la vigne. Les pullulations d’acariens ont coïncidé avec la généralisation de l’emploi des insecticides et de certains fongicides, les causes de ces pullulations étant multiples. On les attribue d’une part à l’action néfaste directe de certains insecticides non sélectifs et de divers fongicides sur la faune utile, les acariens prédateurs d’acariens en particulier (famille des Phytoseiidae notamment). Ces pullulations peuvent aussi être dues à l’apparition de populations résistantes à différents insecticides, fongicides et acaricides au départ acaricides. Elles pourraient enfin résulter d’une modification du métabolisme de la plante, stimulant à son tour le potentiel de reproduction de l’acarien phytophage. La lutte contre ces espèces implique donc un raisonnement de l’ensemble des traitements, en privilégiant des produits dépourvus des effets indésirables mentionnés ci-dessus et de déclencher les traitements spécifiques seulement lorsque les seuils sont atteints. Parmi les spécialités commerciales disponibles, de moins en moins nombreuses compte tenu de l’évolution de la réglementation, le viticulteur a le choix entre des produits actifs sur œufs et larves, sur larves et adultes ou sur œufs, larves et adultes. La lutte biologique se réalise assez laborieusement par des introductions volontaires de populations de phytoseiides ou plus aisément par recolonisation des parcelles par des populations présentes dans les abords, après l’adoption de traitements à base de produits dépourvus d’effets non intentionnels. Avec ce type de pratiques, les acariens redeviennent assez vite des ravageurs secondaires.
LES INSECTES
Les tordeuses de la grappe sont des lépidoptères ou papillons appartenant au groupe des Tortricidae ou tordeuses, appelés aussi « vers de la grappe » sur vigne. La présence de deux d’entre eux, la Cochylis (Eupoecilia ambiguella) et l’Eudémis (Lobesia botrana), est permanente dans certaines régions et depuis plus d’un siècle en Bordelais. Ces deux lépidoptères peuvent être considérés comme des ravageurs majeurs ou primaires. Une troisième espèce, l’Eulia (Argyrotaenia pulchellana) est un ravageur occasionnel, généralement très localisé. Il en est de même de la « pyrale de la vigne » qui, malgré son nom commun, est également une tordeuse (et non une pyrale). Les chenilles de ces quatre espèces, mais surtout celles de l’Eudémis et de la Cochylis, s’attaquent d’abord aux fleurs puis aux baies de raisin. Leur nuisibilité est liée à leur rôle favorisant l’installation et la propagation de la pourriture grise (Botrytis) tant redoutée par les viticulteurs. Ces derniers, pour les combattre de manière raisonnée, disposent tout d’abord de méthodes d’évaluation des niveaux et des périodes de risques basées sur le piégeage sexuel. À partir de là, beaucoup utilisent la lutte chimique classique avec des spécialités efficaces sur les œufs ou les jeunes chenilles (action préventive). Cependant, en vue d’un respect optimum de la faune auxiliaire et de l’environnement, on s’oriente vers des méthodes plus spécifiques avec la bactérie Bacillus thuringiensis ou des procédés biotechniques. Ceux-ci perturbent soit le mécanisme des mues et de la métamorphose chez l’insecte, et ce sont alors les « régulateurs de croissance » ou « inhibiteurs de croissance », soit le comportement reproducteur des mâles par l’emploi de phéromones sexuelles de synthèse et c’est la « confusion sexuelle ». Cette méthode a été homologuée contre la Cochylis et l’Eudémis en 1995, année durant laquelle elle fut utilisée dans les Graves (appellation Pessac-Léognan). Depuis, un peu plus de 30 000 ha de vignobles sont protégés en France contre ces deux lépidoptères, soit 4 % du vignoble français.
La Boarmie est aussi un lépidoptère, également nocturne et de la famille des Geometridae ou Géomètres, de couleur brun-grisâtre. Contrairement aux précédents, elle est de grande taille (33 à 45 mm). La Boarmie fait partie du groupe des coupe-bougeons. Sa chenille ne possède que deux paires de fausses pattes qui rendent sa démarche caractéristique : elle forme un arceau et est dite arpenteuse. Elle est douée d’un mimétisme presque parfait, qui la fait confondre avec le bois ou les vrilles de la vigne lorsqu’elle reste immobile. Sa taille, aux termes de son développement, peut atteindre les 80 mm de longueur. La période de vol des adultes est quasiment continue d’avril à début novembre. Deux générations peuvent être produites. La première génération a lieu de juillet à août. Le papillon vole au crépuscule et pendant la nuit et l’accouplement a lieu. Une femelle peut pondre jusqu’à 500 œufs. En automne, après éclosion, les chenilles commencent à se nourrir sans aucun dégât significatif puis cherchent ensuite leurs quartiers d’hiver dans les fentes de l’écorce et dans la terre. Au printemps à partir de mi-avril, les chenilles sortent de leur repos et commencent par attaquer les bourgeons de façon caractéristique : ceux-ci sont alors évidés mais la perforation se situe sur le côté à la différence des dégâts de noctuelles (voir ci-après). Vers le début d’été, les chenilles ayant terminé leur croissance, s’enterrent à faible profondeur, tissent une toile autour d’elles et s’y nymphosent. La Boarmie se rencontre sur tout le territoire mais c’est en principe un ravageur secondaire.
Les vers gris appartiennent à la famille des Noctuidae ou Noctuelles qui regroupe de nombreuses espèces nuisibles en agriculture. Avec la Boarmie, les vers gris appartiennent au groupe des coupe-bourgeons sur vigne. Ce sont des papillons qui présentent un corps robuste et des ailes antérieures en triangle. Au repos, les ailes sont disposées à plat sur l’abdomen. Les chenilles ont un épiderme lisse et présentent cinq paires de fausses pattes, leur taille variant de 35 à 50 mm. Les jeunes stades sont de couleur verte, puis évoluent vers d’autres robes, avec des lignes, des bandes et des dessins qui permettent de les identifier. Comme tous les » vers gris « , la chenille s’immobilise de façon caractéristique, en s’enroulant lorsqu’on la dérange. Une dizaine d’espèces appartenant aux genres Agrotis, Euxoa, Noctua et Xestia s’attaquent à la vigne. Selon les espèces, les noctuelles réalisent deux à quatre générations et hivernent au stade de chenille arrivée au terme de son développement. Les chenilles polyphages passent de mœurs diurnes à des mœurs nocturnes. Généralement, la chenille âgée s’attaque au collet des végétaux à 1 cm au-dessous de la surface du sol. La lignification des plantes entraîne toutefois d’autres comportements alimentaires : attaque d’organes souterrains de réserve ou attaque de la partie aérienne. En vigne, au printemps, les chenilles âgées de noctuelles qui n’ont pas terminé leur développement remontent à la surface et causent des dégâts sur les jeunes bourgeons de vigne, seuls organes disponibles à cette période. Contrairement à la Boarmie, les noctuelles évident les bourgeons comme un œuf à la coque et sont en général considérées comme des ravageurs secondaires.
La cicadelle jaune Scaphoideus titanus est vectrice de la flavescence dorée, la plus grave maladie de la vigne dans les vignobles européens, qui affecte tous les cépages. Elle est causée par un phytoplasme, agent phytopathogène bactérien, parasite strict qui se propage par la bouture de la plante contaminée. Elle se transmet par la greffe ou par un insecte vecteur, la cicadelle jaune. La maladie entraîne des pertes de récolte quantitatives et qualitatives, un affaiblissement des plantes attaquées et très souvent, la mortalité des souches malades. En zone contaminée, la lutte contre la flavescence dorée est dirigée indirectement contre le phytoplasme, visant à interrompre son cycle de transmission en agissant simultanément sur le vecteur et sur les réservoirs. Deux types de mesures prophylactiques sont recommandées : contre S. titanus, destruction des œufs en hiver par brûlage des bois de taille ; et contre les réservoirs, destruction des souches malades, des vignes abandonnées et des repousses de vignes sauvages. Seule la lutte insecticide est utilisable pour faire barrière à des S. titanus infectieux et il existe de nombreuses spécialités commerciales homologuées. Les mesures réglementaires fixent par arrêtés ministériels les modalités de la lutte obligatoire : le traitement hivernal contre les œufs et trois traitements d’été contre les stades mobiles d’une part, et le seuil d’attaque au-delà duquel la parcelle touchée doit être arrachée en totalité d’autre part.
La maladie du bois noir et la flavescence dorée présentent des symptômes identiques mais les agents infectieux sont très différents. Le bois noir est transmis par un insecte piqueur polyphage, la cicadelle Hyalestes obsoletus. Ses plantes hôtes sont le liseron, la morelle noire, l’ortie, etc. Elle ne vit donc pas sur la vigne mais l’adulte ailé peut piquer accidentellement les feuilles de vigne au cours de ses déplacements et tentatives de prises de nourriture. Il transmet alors le phytoplasme s’il est lui-même infecté. Le bois noir est une maladie moins épidémique et donc moins dangereuse et nuisible que la flavescence dorée.
La cicadelle verte, Empoasca vitis, est un insecte piqueur-suceur, appelée aussi « cicadelle des grillures », en raison des nécroses que ses larves et adultes causent aux feuilles de vigne dans toutes les zones viticoles européennes. Ce sont des ravageurs secondaires, non inféodés à la vigne, qu’ils colonisent en mai-juin. La nuisibilité de cet insecte s’évaluerait essentiellement en termes de perte de qualité de la vendange. En cas de forte infestation, les piqûres entraîneraient un retard dans la véraison des baies, induisant ensuite un retard dans la maturation. Des seuils de risque sont utilisés (cent larves/cent feuilles) pour chacune des deux générations estivales. En cas de dépassement de ces seuils, le viticulteur a le choix entre une dizaine de matières actives. Dans les zones où les tordeuses de la grappe sont contrôlées chimiquement, la polyvalence des produits permet d’éviter des interventions spécifiques contre E. vitis, en général considéré comme un ravageur secondaire.
Les cochenilles, comme les cicadelles, sont des insectes piqueurs-suceurs de sève. Surtout présentes dans les vignobles du Sud de la France, elles sont considérées également comme des ravageurs secondaires. Deux types de nuisibilité indirecte occasionnée à la vigne leur sont attribués. D’abord la présence de fumagines, champignon de surface, sur les feuilles et les baies à partir du miellat sucré produit par les insectes. Ces fumagines favorisent à leur tour l’installation de la pourriture grise, Botrytis cinerea. Ensuite, leur rôle potentiel dans la vection de « clostérovirus », à l’origine du développement de la maladie de l’enroulement de la vigne. Deux espèces sont surtout présentes sur vigne en Bordelais, Parthenolecanium corni et Pulvinaria vitis et une lutte chimique peut généralement être conduite dans le vignoble, à l’aide des produits utilisés contre les cicadelles et les tordeuses ou de produits plus spécifiques.
Le thrips de la vigne, Drepanothrips reuteri, est un insecte jaune à brun clair qui apparaît dès le mois d’avril et pique la végétation pour se nourrir. Les pousses sont rabougries et la croissance de la plante est ralentie. Des taches brunes plus ou moins étendues apparaissent sur le limbe (aspect gaufré) avec des perforations le long des nervures. Les pédoncules floraux sont détruits (coulure) et on observe d’abord une décoloration des baies, puis des plaques liégeuses et craquelées. Quatre cycles de ponte de mars à septembre (avril, juin, août et septembre) se succèdent mais on peut avoir jusqu’à 6 générations par an. Il s’agit toutefois d’un ravageur très secondaire. Typhlodromus pyri (Phytoseiidae), acarien prédateur très présent en Bordelais, est un prédateur efficace des thrips. Il existe par ailleurs quelques molécules insecticides utilisables.
L’espèce la plus fréquente de drosophiles, Drosophila melanogaster, n’est pas un ravageur de la vigne au sens strict. Ce diptère, en effet, ne possède pas de pièces buccales (mandibules, stylets perforateurs) lui permettant d’altérer directement les baies de raisin. Il se développe donc sur les grains préalablement blessés par d’autres causes. Ce sont les pullulations soudaines et souvent spectaculaires à l’approche de la vendange, toujours associées au développement important de la pourriture acide ou pourriture aigre, qui permet de le considérer comme un ravageur du vignoble. Les causes des attaques de ces diptères en vignobles sont multiples : écologiques (coups de becs d’oiseaux, attaques de guêpes ou de chenilles de vers de grappe), agronomiques (mauvais réglage de la rogneuse), physiologiques (éclatement naturel des baies) et météorologiques (grêle, effet du soleil après une pluie entraînant l’éclatement des baies). Compte tenu de l’association drosophiles-pourriture acide, la nuisibilité de l’insecte se traduit en pertes quantitatives (pertes de récolte lors du tri) et surtout, qualitatives. La pourriture diminue la teneur en sucre des raisins et produit d’importantes quantités d’acide acétique, gluconique, uronique et de glycérol. L’acidité volatile des vins qui en sont issus dépasse souvent 0,70 g/l et leur teneur en alcool est diminuée. Si la pourriture acide affecte surtout les vignobles du Sud de la France, des dégâts considérables sont observés certaines années en Aquitaine sur les cépages blancs du Sauternais vendangés tardivement. Les méthodes de lutte consistent en des mesures prophylactiques (veiller à ne pas blesser les baies, en particulier lors du rognage et maintenir un flux d’air dans la chaîne d’embouteillage pour éloigner les moucherons très mauvais voilier ???) et en une lutte chimique directe avec quelques molécules insecticides.
Une autre espèce de drosophiles, Drosophila suzukii, a envahi une bonne partie de la France depuis l’Asie. Ses fortes capacités d’adaptation et de dispersion géographique lui ont permis d’infester progressivement les continents asiatique, américain et européen. En Europe, les premières détections ont été signalées en octobre 2008 en Espagne, puis en septembre 2009 en Italie et dans le Sud-Est de la France sur fruits rouges. Des attaques sur fraises, qui est un des fruits les plus attractifs, ont été recensées en 2010 dans les Alpes-Maritimes. Aujourd’hui, c’est une grande partie de la moitié sud de la France qui est concernée par ce nouveau ravageur. En 2011, les premiers individus ont été signalés dans le Sud-Ouest, sans dégâts à la récolte. Puis en 2013, cette espèce a été observée effectuant son cycle complet au vignoble. Drosophila suzukii n’est pas un organisme de quarantaine et n’est donc pas soumise à une lutte obligatoire. Le niveau de dégâts constatés sur différentes espèces fruitières dont la fraise, et sa capacité invasive en font effectivement un organisme nuisible au niveau national et européen. Contrairement à l’espèce précédente, elle peut pondre sur des baies intactes en insérant ses œufs grâce à son ovipositeur. L’identification au champ des adultes de D. suzukii est très hasardeuse car il existe de nombreuses espèces de drosophiles possédant des yeux rouges.
Les charançons sont des coléoptères appartenant à la famille des Curculionidae ou Curculionides, caractérisés par l’allongement de la tête en un rostre. Souvent polyphages, de nombreuses espèces ont été occasionnellement trouvées sur la vigne mais seuls trois genres sont considérés comme nuisibles : Otiorrhynchus, Peritelus et Geonemus. Comme les boarmies et les vers gris, ils font partie du groupe des coupe-bourgeons. Les plus fréquents restent sans contexte les otiorrhynques dont une trentaine d’espèces ont été signalées sur vigne. Ces charançons se distinguent par une taille relativement grande (9 à 11 mm) et un corps aux téguments très durs. Ils sont incapables de voler. Leur coloration est souvent sombre et leur rostre est plutôt court. Leur reproduction est parthénogénétique (sans accouplement, les mâles étant très rares). Les premiers individus adultes sont visibles au printemps vers la fin avril-début mai. Les premiers œufs sont pondus quelques semaines après leur émergence. Leurs mœurs sont nocturnes. Durant la journée, les otiorrhynques se tiennent sous les pierres, sous les mottes, enterrés au pied des ceps. C’est durant la nuit que les femelles remontent le pied et s’attaquent aux bourgeons et aux jeunes pousses, puis au feuillage de la vigne. Les symptômes les plus courants sont la section des bourgeons pour les attaques précoces et un rabougrissement des rameaux qui se ramifient en entre-nœuds très courts pour les attaques plus tardives. Des dégâts sur rameaux et grappes sont également à noter. Les larves sont souterraines et vivent aux dépens des racines et peuvent elles-mêmes commettre des dégâts à ce niveau. Fait rare chez les insectes, ces charançons femelles ont une très grande longévité et leur cycle peut s’étendre sur deux années. Les principales zones concernées par les attaques de mange-bourgeons sont situées dans le Médoc, le Libournais, les Graves-Sauternais et l’Entre-deux-Mers. La distinction entre les types de ravageurs est rarement faite. Du fait des attaques très localisées de ce type de ravageurs, il est vivement conseillé de n’intervenir qu’à partir de la constatation effective de dégâts. Malheureusement, il n’y a pas de seuil officiel pour ces ravageurs en Aquitaine. On utilise en règle générale le seuil usité en Champagne à savoir qu’un risque est présent au-delà de 15 % de ceps avec au moins un bourgeon mangé. Les applications éventuelles sont réalisées tôt en saison lors du débourrement avec des pyréthrinoïdes de synthèse. En raison du faible développement végétatif à cette période, il est vivement conseillé d’utiliser des panneaux récupérateurs lors de ces applications. L’efficacité de la lutte n’est jamais très importante, évaluée à 50 % d’après la littérature. L’estimation des populations comme l’application phytosanitaire doivent être effectuées de préférence le soir en raison de l’activité nocturne de ces espèces. Les charançons coupe-bourgeons sont également des ravageurs secondaires.
La présentation des espèces faite ci-dessus étant excessivement mais volontairement succincte, nous conseillons au lecteur souhaitant des compléments d’information, l’ouvrage collectif paru en 2008 dans la Collection des Usuels Féret de la Vigne et du Vin : Les Ravageurs de la Vigne, sous la direction de Serge Kreiter (épuisé).