Édition octobre 2026 — Octobre 2026

Les grappes Michelin : quatre questions à Henri Duboscq

Henri Duboscq est le propriétaire du Château Haut-Marbuzet à Saint-Estèphe.

Parmi les 62 domaines bordelais récompensés d’une à trois grappes Michelin, Château Haut-Marbuzet est le seul cru du Médoc distingué à ne pas appartenir au classement de 1855. Henri Duboscq revient sur cette reconnaissance, le style singulier de son vin et la résonance particulière que prend la grappe Michelin pour cette propriété familiale.

Château Haut-Marbuzet vient de recevoir une grappe Michelin. Que représente pour vous cette distinction ?

J’avais connu une fierté semblable quand Robert Parker m’avait classé dans son Top 20 des vins de Bordeaux. Mais faire aujourd’hui partie des « étoilés » (grappes) me comble davantage encore, tant Michelin incarne partout dans le monde une certaine idée de l’excellence française.

Haut-Marbuzet avait depuis longtemps obtenu cette position auprès du public. Le voir aujourd’hui accéder à cette forme de noblesse me procure la même émotion jubilatoire que pouvait ressentir un bourgeois anobli par son souverain !

De plus, le classement de 1855 comporte 88 châteaux alors que le Guide Michelin n’en comporte que 62 ce qui confère une sélection plus sévère à caractère plus actuel.

Haut-Marbuzet est le seul cru du Médoc distingué par Michelin qui ne figure pas au classement de 1855. Vous qui revendiquez un style très personnel et une certaine dissidence à l’égard des hiérarchies établies, n’y voyez-vous pas, paradoxalement, une forme d’institutionnalisation ?

J’y vois plutôt la reconnaissance de notre indépendance ! Haut-Marbuzet conserve cette singularité d’être la surprise venue d’ailleurs, le seul cru médocain récompensé sans appartenir au classement de 1855. Cette grappe s’est imposée sans héritage, par la seule complémentarité d’un grand terroir oublié sur lequel ont œuvré des hommes de volonté et de ferveur durant 50 ans.

Michelin ne récompense pas un millésime, mais l’identité d’un domaine et sa constance dans le temps. Depuis les modestes débuts de Haut-Marbuzet, en 1952, qu’est-ce qui a été déterminant, selon vous, pour révéler les qualités de son terroir et construire sa réputation ?

La réputation et la notoriété de Haut-Marbuzet ont existé bien avant sa reconnaissance. Avec mon père, nous avons produit le vin que nous aimions, dont le goût échappait à la tradition. Il pouvait paraître « révolutionnaire », mais le public l’adorait ! Cela n’était possible que par l’évidence d’un terroir exceptionnel et par des vinifications modernes, à rebours de certaines méthodes où les tanins finissaient par écraser le fruit. Dès les années 1960, Haut-Marbuzet fut le premier vin séducteur dans sa jeunesse par l’éclat de son fruit et la suavité de sa chair. Ce vin de plaisir immédiat a bousculé les piliers du temple bordelais surpris par ce qu’on appelait alors un « goût inhabituel ».

En créant les grappes, Michelin rapproche le monde du vin de celui de la grande gastronomie. Vous entretenez depuis longtemps des relations privilégiées avec de grands chefs et leurs restaurants. Cette initiative peut-elle, selon vous, contribuer à redonner aux Bordeaux toute leur place sur les grandes tables internationales ?

Les restaurateurs étoilés savent mieux que quiconque ce que représentent les efforts, le talent et la constance nécessaires pour obtenir l’étoile. Ils connaissent la valeur et les exigences qu’implique un classement Michelin. Nombreux sont ceux qui, sur leur liste de vins, privilégient maintenant ceux figurant dans le classement Michelin, associés à cette reconnaissance. Je suis convaincu que les 62 heureux bénéficiaires de la grappe connaissent déjà des ventes influencées par cette distinction.

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