Pour l’historique et la description des diverses maladies de la vigne et des ravageurs qui l’attaquent, nous renvoyons aux ouvrages spécialisés. Nous allons cependant passer en revue, rapidement, les maladies et les ravageurs qui sont, actuellement, les plus redoutés des viticulteurs.
L’OÏDIUM
C’est la première maladie d’origine américaine introduite en Europe, ainsi fut-elle appelée « la maladie de la vigne ». Elle est identifiée pour la première fois en 1945 dans des serres à vigne du sud-est de l’Angleterre, et en 1951 elle est signalée à Podensac en Gironde.
L’oïdium est dû à un champignon Uncinula necator qui atteint tous les organes herbacés de la vigne. La conservation hivernale du champignon dans les bourgeons entraîne l’apparition de jeunes pousses oïdiées au printemps appelées « drapeaux ». Ce champignon est capable de détruire partiellement ou presque en totalité les récoltes, d’abord par les attaques précoces qui provoquent la coulure, puis également par la destruction des baies. Le soufre fut la première substance utilisée pour combattre l’oïdium. Actuellement la lutte est préventive, différentes possibilités de contrôle biologique ont été préconisées avant le démarrage de l’épidémie. Eu égard à la nuisibilité de l’oïdium sur les grappes, une protection sans faille doit être réalisée, surtout du stade préfloraison au stade fermeture de la grappe.
LE MILDIOU
Le mildiou est une maladie due à un oomycète, Plasmopara viticola, originaire d’Amérique du Nord. Il a été reconnu pour la première fois en 1878 aux environs de Coutras, et a provoqué dès son apparition des dégâts considérables. Il attaque tous les organes verts de la vigne : feuilles, jeunes rameaux, grappes et grains. Malgré la découverte en 1885 des traitements à base de produits cupriques, cette maladie a souvent surpris les viticulteurs et provoqué des dégâts très importants.
Actuellement, les dommages causés par le mildiou sont faibles, à l’exception de quelques années chaudes et humides très favorables à son développement.
Les moyens actuels de lutte contre le mildiou sont nombreux et efficaces. Néanmoins la lutte reste préventive et adaptée aux modes d’action des fongicides. Le recours à des traitements curatifs doit être conservé pour les situations exceptionnelles : rattrapage d’une erreur, ou impossibilité pour des raisons climatiques de réaliser un traitement préventif.
LES POURRITURES DUES À BOTRYTIS CINEREA
Le Botrytis cinerea est un champignon mondialement répandu, qui peut s’attaquer à un grand nombre de plantes très diverses dès que les conditions climatiques lui sont favorables.
Selon les conditions climatiques et de culture, il est à l’origine de la pourriture grise ou pourriture vulgaire, si redoutée des viticulteurs, mais également responsable de la pourriture noble, tant souhaitée par ces mêmes viticulteurs élaborant des vins liquoreux.
La pourriture grise peut, certaines années humides, causer des dégâts considérables aux vignobles blancs et rouges. Cette maladie a connu un développement accru dans tous les vignobles par suite de l’utilisation de porte-greffes vigoureux et de fumures importantes qui augmentent la vigueur de la végétation.
Elle s’attaque à tous les organes herbacés de la vigne, mais c’est surtout sur les grappes, lorsque les conditions climatiques de pré-vendanges sont pluvieuses, qu’elle occasionne des pertes quantitatives et qualitatives de la récolte considérables. Cette maladie est favorisée par d’autres champignons (oïdium) et les vers de la grappe. La lutte contre la pourriture grise commence par la mise en œuvre des mesures prophylactiques (diminution de la vigueur, maîtrise des vers de la grappe, travaux en vert…) La protection est fondée sur l’application de quatre traitements à des stades phénologiques bien précis. Grâce à l’existence de substances actives hautement performantes, deux traitements sont préconisés dans le cadre de la protection raisonnée : le premier à la fin de la floraison, le second à la véraison. Les derniers modèles de prévision des risques permettent de réduire encore le nombre des interventions.
Dans le cas de la pourriture noble, B. cinerea s’attaque aux raisins en surmaturité, sains et intacts. Il concentre les sucres de la baie qui diminue de volume tandis que la peau se colore pour devenir brune et se couvre des fructifications grises du champignon.
L’EXCORIOSE
C’est une maladie probablement d’origine européenne, mais dont les dégâts ont longtemps été confondus avec ceux dus à l’anthracnose. Le champignon responsable, Phomopsis viticola, s’attaque particulièrement aux rameaux en cours de croissance et les symptômes se manifestent surtout à la base par des nécroses brunâtres en forme de fuseau ou des lésions plus étendues, brun-marron. Le rameau devient fragile et peut se casser sous l’action du vent ou d’un frottement quelconque, en particulier lors du pliage des astes après la taille.
Cette maladie peut également attaquer la rafle, provoquant le dessèchement partiel ou total de la grappe. Les traitements spécifiques sont effectués au printemps au début du débourrement.
LE BLACK-ROT
Cette maladie est également due à un champignon, le Guignardia bidwellii, qui fut introduit vers 1886, en provenance d’Amérique du Nord. Les dégâts causés par le black-rot avaient diminué d’importance à la suite de la généralisation des traitements à l’aide de produits cupriques utilisés contre le mildiou.
Mais depuis 1945-1950, il est en recrudescence, peut-être par suite de la substitution de produits organiques ou organo-cupriques au sulfate de cuivre dans la lutte contre le mildiou. C’est ainsi que certaines années (1952 par exemple), il a causé des dégâts importants en Gironde. Comme le mildiou, il attaque toutes les parties vertes de la plante : feuilles, grappes, grains, les rameaux étant cependant peu sensibles. Le black-rot est surtout une maladie des baies qui sont atteintes après la nouaison avec des symptômes caractéristiques. Il peut être combattu à l’aide des mêmes substances actives que celles utilisées pour le mildiou.
L’ANTHRACNOSE
C’est une maladie d’origine européenne, connue depuis l’Antiquité.
L’anthracnose est due à un champignon, Elsinoe ampelina. Avant l’arrivée de l’oïdium et du mildiou en Europe, c’était la maladie la plus dommageable du vignoble, car elle attaque tous les organes herbacés de la vigne. Après l’introduction de la bouillie bordelaise en 1885, l’incidence de la maladie fût considérablement réduite. Actuellement les fongicides utilisés dans la lutte contre l’oïdium et le mildiou font que l’anthracnose est une maladie quasiment inconnue en France. Il est parfois possible de l’observer sur quelques hybrides dans l’Armagnac.
L’EUTYPIOSE
Identifiée en 1974, cette maladie est provoquée par un champignon lignicole, Eutypa lata, qui se développe dans le tronc et les bras de la souche provoquant un dépérissement progressif entraînant la mort de la plante. La contamination se fait par les plaies de taille. C’est une maladie très insidieuse qui prend plusieurs années (6/7 ans) avant de se manifester.
Certains cépages (Cabernet Sauvignon) sont plus sensibles que d’autres (Merlot noir).
La lutte contre l’eutypiose est pour le moment préventive et consiste à protéger les plaies au moment de la taille. Les fongicides sont employés soit par badigeonnage au pinceau, par tampon-applicateur, soit encore au moyen d’un sécateur pneumatique pulvérisant. La prophylaxie consistant à éliminer les souches mortes porteuses de la forme infectieuse du champignon reste à terme la méthode la plus efficace.
L’ESCA OU APOPLEXIE
C’est la plus ancienne des maladies décrites sur la vigne. Plusieurs champignons lignivores répartis en deux séquences parasitaires (champignons pionniers : Eutypa lata, Phaeomoniella chlamydospora, Phaeoacremonium aleophilum ; et champignons secondaires : Formitiporia mediterranea et Stereum hirsutum) sont impliqués dans le syndrome de l’esca. À l’exception de Ph. aleophilum, ces champignons pénètrent par les plaies de taille.
La maladie se manifeste par un dessèchement des feuilles localisé entre les nervures, ou par une apoplexie. Le bois du tronc est dégradé en une nécrose blanche de consistance molle.
La lutte contre l’esca, depuis l’interdiction fin 2001 de l’arsénite de sodium, est uniquement d’ordre prophylactique.
LE BLACK DEAD ARM
Identifiée en 1999 pour la première fois dans le vignoble français, le Black Dead Arm était confondu avec l’Esca en raison d’une symptomatologie similaire la végétation herbacée.
Deux champignons appartenant à la famille des Botryosphaeriacées sont associés à cette maladie. Son émergence est probablement liée à la réduction puis à l’arrêt des traitements à l’arsénite de sodium.
Au niveau du tronc, les symptômes se manifestent par la présence d’une bande brune sous l’écorce et d’une nécrose sectorielle de couleur brun-gris à brun-noir. Hormis la mise en œuvre de la prophylaxie (élimination des bois morts et des bois de taille), il n’existe pas encore de méthode de lutte.