Il existe (ou il a existé, pour être précis) six classements des vins de Bordeaux, qui ont été réalisés à des époques différentes. Ils concernent des zones d’appellations spécifiques, et le lecteur trouvera dans les chapitres concernés leur présentation.
Pour une meilleure compréhension de chacun d’entre eux, nous évoquerons ceux-ci par ordre chronologique, afin que l’amateur non averti puisse les restituer dans leur contexte.
Quelle que soit l’époque de leur établissement, les classements sont largement basés sur la notion de terroir. Notion prise dans son acception la plus large, outre la qualité des sols, elle tient compte aussi de l’histoire, des moyens et techniques mis en œuvre, de la compétence de l’homme, de la qualité du vignoble, du climat…
L’ensemble fait que certains crus ont acquis ou acquièrent une notoriété telle, qu’ils sont considérés comme étant les meilleurs de leur appellation ou de leur aire régionale de production à un moment donné.
Avec le temps, ces comparaisons répétées aboutissent logiquement à une sorte de hiérarchisation, à un « classement » qui se perpétue, et finit par s’ancrer dans les esprits. De nos jours, il se concrétise la plupart du temps par un acte officiel.
Quelle que soit sa nature, le vin étant, des producteurs aux consommateurs, un sujet de passions, tout classement semble garder pour certains une part de subjectivité et finit ainsi par prêter à contestation. Ils font de nos jours l’objet de procédures judiciaires quasiment systématiques. Nous pouvons d’ailleurs nous interroger sur la possibilité d’effectuer à l’avenir des classements dans le Bordelais. Le recours en suspicion de non-équité est assez facile mais loin d’être assez souvent pertinent et fondé. Au-delà des arguments juridiques, que la justice tranche souverainement, il est étonnant de voir des propriétaires participer à des classements dont ils connaissent les règles, les approuvent, et en fin de compte les dénoncent au vu du résultat. Comme il serait étonnant que les règles d’un classement soient précisées après l’inscription au dit classement ou modifiées en cours de classement.
En réalité, seule une vision dynamique du vignoble permet de comprendre l’importance de ces jugements. Le facteur le plus fragile restant l’humain, il était apparu important à l’un des précédents rédacteurs du Féret de souligner que : « Tel cru en effet, négligé par un propriétaire insouciant ou démuni, peut passer aux mains d’un homme actif, dynamique, argenté, et surtout compétent, et de ce fait, produire un vin meilleur. Mais le contraire peut tout aussi bien survenir ». Les propriétaires passent, les crus demeurent si la qualité est là… Raison pour laquelle nous restons persuadés que les classements doivent être considérés, en fonction des éléments qui ont servi à leurs établissements, et ce de façon intrinsèque.
Par ailleurs, le consommateur ne doit pas confondre les dégustations effectuées ponctuellement, collectives ou non, avec les classements. Car, même, s’ils sont assujettis au temps, ils retiennent d’autres critères qui ne doivent rien aux palais des gourous et autres maîtres à boire. Seules les dégustations qui s’affirment avec le temps peuvent devenir significatives en la matière, et à l’usage, finir par retenir l’attention.
LE CLASSEMENT DE 1855
La genèse de ce classement est aussi importante que le classement lui-même. Il concerne pour l’époque l’ensemble des crus de la Gironde et l’on peut certainement affirmer qu’il restera le seul classement des vins de Bordeaux dans leur ensemble. À ce titre, il présente un intérêt patrimonial incontestable.
La notion de cru, qui apparaît au XVIIe siècle, constitue l’un des premiers pas vers une cotation officieuse. Le marché des vins de Bordeaux est régi par un fonctionnement simple à trois intervenants : les courtiers, les négociants et les propriétaires. Les courtiers assurent entre la propriété et le négoce la péréquation des prix et des quantités. Ceux-ci, lorsqu’ils sont requis, servent non seulement d’intermédiaires, mais doivent avoir, pour la transmettre aux négociants, une connaissance parfaite des crus. Dès le début du XVIIIe siècle, cette pratique a conduit ces opérateurs privilégiés, à établir une cote des différents vins. Celle-ci s’appuie non seulement sur la connaissance gustative, mais aussi et surtout, sur celle des vignobles. Les notions de « grand vin » et « second vin », qui prennent forme dès le début du XVIIIe siècle,dans les plus grandes exploitations (Haut-Brion, Margaux, Latour, Lafite…), constituent l’un des critères de ces jugements qualitatifs qui restent fondés sur l’originalité des terroirs.
Les documents, révélant la pratique officieuse des courtiers, apparaissent ainsi dès 1730. L’une des sources les plus importantes est celle des livres de courtage du bureau Tastet-Lawton (depuis 1742). Le journal de voyage de Thomas Jefferson (1787), les notes de Guillaume Lawton (1815), soulignent les progrès qui s’accomplissent au fil du temps dans l’art de juger les grands vins. Dès cette époque, l’importance des terroirs est affirmée avec force. Thomas Jefferson constate l’écart qualitatif important entre deux propriétés « séparées seulement par un fossé ». Les premiers livres utilisant cette connaissance professionnelle sont publiés au début du XIXe siècle. Dans les différentes éditions (de 1816 à 1832) de la Topographie de tous les vignobles connus de A. Jullien, le vignoble de Bordeaux est présenté en deux parties : vins rouges et vins blancs, les crus étant répertoriés en cinq classes, accompagnées des prix pratiqués pour chacune d’entre elles. Le Producteur, journal des intérêts spéciaux de la propriété vignoble du département de la Gironde, présente à partir de 1838, l’ensemble du vignoble bordelais. Dans de nombreux tableaux, la cotation des courtiers est utilisée.
D’autres références existent parmi lesquelles, celle de W. Franck (1824) Traité sur le vin du Médoc et les autres vins rouges et blancs du département de la Gironde, celle de Ch. Cocks (1850) dans la première édition de Bordeaux et ses Vins…
Ces documents sont intéressants à plus d’un titre. Ils indiquent clairement à cette époque, une nette préférence du marché pour les vins du Médoc et ceux du Sauternais. Les cours de ces derniers sont deux fois ceux des Graves, trois fois ceux de Saint-Émilion. Par ailleurs, ils reflètent une bonne stabilité du classement encore officieux.
Ainsi en 1855, la chambre de commerce de Bordeaux (où sont présents quelques négociants), voulant présenter les vins de la Gironde à l’Exposition universelle de Paris, désire que cette présentation s’opère dans les meilleures conditions. En réponse à la demande de la commission impériale de l’Exposition universelle, le président de la chambre de commerce (L. Duffour-Dubergier) précise :
« Ce n’est qu’à ce point de vue de l’intérêt général que la présence des vins français à l’Exposition nous paraît utile. Si au contraire il s’agissait de favoriser les intérêts particuliers, nous n’hésiterions pas à déclarer que mieux vaudrait selon nous qu’aucun de nos vins ne figurât à l’Exposition ».
Afin que les vins présents ne soient jugés par des personnes non averties, la chambre de commerce préconise que les vins de la Gironde soient hors concours et présentés selon une classification précise. À cette fin, elle demande au syndicat des courtiers de lui fournir « la liste complète des vins rouges classés de la Gironde, ainsi que celle des grands vins blancs ».
Le 18 avril 1855, le syndicat des courtiers remet son classement, non sans prendre quelques précautions : « Vous savez comme nous, Messieurs, combien ce classement est une chose délicate et éveille des susceptibilités. Aussi, n’avons-nous pas eu la pensée de dresser un état officiel de nos grands vins, mais bien de soumettre à vos lumières un travail dont les éléments ont été puisés aux meilleures sources ».
La lettre du 18 avril 1855 du syndicat des courtiers de commerce près la Bourse de Bordeaux présente deux tableaux intitulés : « Vins rouges classés du département de la Gironde » et « Vins blancs classés de la Gironde ».
Loin d’être l’émanation d’une quelconque dégustation, ou une analyse ponctuelle du marché, ces deux tableaux constituent au contraire la synthèse d’une connaissance pratique et statistique d’une profession qui possède alors plus de cent cinquante ans d’expérience. Seuls sont présents, les vins rouges du Médoc, les vins blancs liquoreux de Sauternes et Barsac, et le château Haut-Brion à Pessac (Graves).
En septembre 1855, les courtiers en préciseront, l’esprit : « l’intention du syndicat, en rédigeant la liste des vins classés du département de la Gironde, n’a point été d’assigner un degré de supériorité à aucun de ceux qui sont compris dans chaque classe ; ils sont regardés comme étant d’un mérite égal ». Pourtant leur liste ne se présente ni par ordre alphabétique, ni par commune…
Issus d’une pratique professionnelle, quasiment confidentielle, les deux tableaux transmis au mois d’avril vont constituer le classement de 1855. Cette référence, si souvent évoquée dans les revues et ouvrages spécialisés, possède de par sa nature une pérennité exceptionnelle, et deviendra rapidement la référence officielle des vins de Bordeaux.
LE CLASSEMENT DE 1973
Certains viticulteurs, désireux de faire reconnaître la mise en valeur du terroir de leur cru et se rendant compte que le classement de 1855 ne pouvait être « révisé », demandèrent à la chambre de commerce d’ouvrir un concours pour l’attribution de nouveaux titres en Médoc. Le ministre de l’Agriculture homologuait en 1973 un règlement de concours.
Celui-ci fut ouvert la même année, aux Crus Classés en 1855 et fut effectif pour la seule catégorie Premiers Crus.
Un arrêté du 21 juin 1973 du ministre de l’Agriculture établit la liste des Premiers Crus Classés en 1973 qui reprend ceux de 1855, en y ajoutant le château Mouton-Rothschild.
LES CLASSEMENTS DES GRAVES 1953-1959
Est-il nécessaire de souligner qu’un seul cru de cette région figure au classement de 1855 parmi les premiers : le château Haut-Brion à Pessac. Celui-ci fut reconduit dans son rang en 1973 pour la révision du classement des Premiers Crus du Médoc.
L’une des premières nomenclatures des vins de Bordeaux fut établie par la Jurade de la ville en 1647. La région viticole des Graves y est citée en tête. Un siècle plus tard, dans une nouvelle publication dressée pour l’intendant de Guyenne, tous les vins classés premiers ou seconds crus étaient issus des « bonnes graves » de Bordeaux. Il s’agissait alors principalement de vins rouges.
Le XIXe siècle fut une période très difficile pour les vignobles des Graves, durement touchées par l’oïdium, le mildiou, puis le phylloxéra, maladies qui débutèrent dans les années 1860. Mais les propriétaires des Graves relevèrent la tête, et en 1904 le docteur Martin fonda le syndicat viticole des Graves de Bordeaux dans un esprit de reconquête… En 1950, Odéa Labuzan Meste, président de ce syndicat, demanda officiellement à l’Institut national des appellations d’origine, de procéder au classement des crus de Graves. Une commission fut nommée et les experts rendirent leurs travaux fin 1952.
En janvier 1953, l’INAO promulgua le classement officiel des Graves, et publia une liste de 14 crus des Graves. Cette liste fut entérinée par le ministère de l’Agriculture en août 1953, puis légèrement étendue quelques années plus tard en 1959. Il n’a pas été modifié depuis (arrêté du 7 août 1953, modifié et complété par celui du 16 février 1959).
Tous les Crus Classés de Graves appartiennent à l’AOC Pessac-Léognan. Il convient de rappeler que cette région produit d’excellents vins rouges, mais aussi d’excellents vins blancs. Ainsi il existe deux classements relatifs aux crus de cette région : un classement des vins blancs, un classement des vins rouges. Ceux-ci sont présentés dans leur intégralité dans le chapitre consacré aux Graves.
LES CLASSEMENTS DE SAINT-ÉMILION
1959 – 1969 – 1986 – 1996 – 2006 – 2012 – 2022
Les vins de Saint-Émilion n’ont disposé d’un classement officiel qu’à l’issue de la Seconde Guerre mondiale.
C’est en 1958, après de multiples démarches, que les viticulteurs de Saint-Émilion ont obtenu la publication d’un classement officiel permettant aux meilleurs crus de la région de bénéficier eux aussi d’une mention spécifique Grand Cru Classé.
Prévu par un décret du 7 octobre 1954, le classement des crus de Saint-Émilion n’a rien de comparable avec celui de 1855, ou celui des Graves publié quelques années auparavant. Il n’a pas été fondé sur les mêmes critères ni effectué dans les mêmes conditions.
Le décret de 1958 prévoyant une révision décennale du classement, celle-ci a été effectuée une première fois en 1969 et officialisée par décret en date du 17 novembre 1969.
Ainsi, si le premier classement comprenait 12 Premiers Grands Crus Classés et 63 Grands Crus Classés. Le second renouvela les 12 Premiers Grands Crus Classés mais distingua 71 Grands Crus Classés.
Une nouvelle révision aurait dû être faite en 1979 ; elle ne l’a été qu’en 1985. Entretemps, en effet, le décret définissant les appellations d’origine contrôlées Saint-Émilion avait été modifié. Dès la publication de cette nouvelle réglementation et conformément aux dispositions préconisées, une commission de classement constituée de neuf membres, fut nommée par l’INAO. Ses travaux furent concrétisés par la publication le 23 mai 1986 d’un arrêté ministériel homologuant le classement des vins à appellation d’origine contrôlée Saint-Émilion grand cru. Il distinguait 68 crus classés : 13 Premiers Grands Crus Classés, 55 Grands Crus Classés.
Le comité national de l’INAO en mai 2004, sur proposition du syndicat viticole de Saint-Émilion, désigna une nouvelle commission pour élaborer le classement de 2006. Celle-ci était composée de personnalités de la filière viticole girondine présentant des profils pluri-disciplinaires : négociants et courtiers en vins, œnologues, spécialistes des sols de la région de Saint-Émilion, juristes en droit viticole, géographe spécialisé en histoire viticole.
Cette commission a effectué 39 sessions qui se sont déroulées entre octobre 2004 et août 2006. Pour établir ses propositions, la commission s’est basée, sur une période comprenant les millésimes produits entre 1993 et 2002, sur l’étude des critères habituels. Ceux-ci comprenaient notamment : l’assiette foncière des crus, la conduite de l’exploitation sur le plan viticole et œnologique, la notoriété du cru, les prix de vente pratiqués, la commercialisation du cru, et les résultats des dégustations anonymes réalisées par les membres de la Commission (les échantillons ayant été prélevés en exploitation par les agents de l’INAO).
La liste des crus retenus par la commission était de 15 Premiers Grands Crus Classés (2 Premiers Grands Crus Classés A et 13 Premiers Grands Crus Classés B) et 46 Grands Crus Classés. L’arrêté interministériel d’homologation de ce classement (12 décembre 2006) a été publié au Journal officiel du 4 janvier 2007. Ce classement de 2006 était intéressant à plus d’un titre. En premier lieu, il affirmait la volonté de dégager une élite sur la période considérée. Il élargissait l’emprise du classement à de nouvelles communes de l’aire d’appellation. Enfin, il démontrait le dynamisme même des crus et de l’AOC dont il représentait l’une des formes les plus achevées.
Pour autant, il fit l’objet d’un recours auprès du tribunal administratif qui, par ordonnance du 29 mars 2007, suspendit l’arrêté d’homologation. Il fut annulé le 1er juillet 2008.
De recours en oppositions, le climat se détériora et c’est finalement le législateur qui se chargea d’apaiser le débat par la loi du 12 mai 2009 dont l’article 65 valida, jusqu’à la récolte 2011 incluse, la possibilité pour les Crus Classés en 1996 et pour les crus nouvellement promus du classement 2006 de se prévaloir de la mention « Grand Cru Classé » ou « Premier Grand Cru Classé ».
Il n’en demeure pas moins que cette procédure judiciaire (close par une décision du Conseil d’État le 23 décembre 2011) engendra pour l’appellation et les pouvoirs publics une profonde remise en cause.
Les pouvoirs publics et les instances de l’INAO engagèrent alors une réflexion de fond sur les modalités de réalisation d’un futur classement. Elles conduiront à la publication au Journal officiel le 16 juin 2011 du règlement concernant le classement des vins de Saint-Émilion pour la récolte 2012.
Tous les crus qui souhaitaient voir leur candidature examinée dans le cadre du nouveau classement 2012 devaient déposer un dossier auprès de l’INAO avant le 30 septembre 2011.
Le dossier déposé devait être accompagné :
- d’un inventaire de l’assiette foncière actuelle de l’exploitation ainsi que des modifications qui y ont été éventuellement apportées lors des dix dernières années, et du descriptif des terroirs concernés ;
- d’un engagement à ne pas modifier pendant les dix années à venir, sans demande motivée ayant reçu l’accord du comité national des appellations d’origine relatives aux vins et aux boissons alcoolisées, et des eaux-de-vie de l’Institut national de l’origine et de la qualité, l’assiette foncière du vignoble dont sont issus les vins présentés sous le nom du Cru Classé ;
- de tout document justifiant la notoriété de l’exploitation, les modes de distribution des vins, les prix de commercialisation constatés et les cotations, le dossier de presse, les actions de promotion, les actions liées à l’œnotourisme, la mise en valeur du site et l’accessibilité des installations au public ;
- des volumes produits ou commercialisés en appellation d’origine Saint-Émilion grand cru par marque attachée à l’exploitation ;
- des facteurs techniques comprenant un descriptif des chais, des méthodes culturales et des mesures environnementales de l’exploitation ;
- d’un chèque correspondant au montant des frais de dossier, libellé au nom de l’agent comptable de l’INAO.
Les conditions d’admissibilité étaient les suivantes :
- répondre au cours des dix dernières années pour les GCC et des quinze dernières années pour les premiers GCC d’une utilisation régulière du nom du cru pour lequel le classement est revendiqué, sauf demande motivée ayant reçu l’accord du comité national des appellations d’origine relatives aux vins et aux boissons alcoolisées, et des eaux-de-vie de l’Institut national de l’origine et de la qualité ;
- avoir produit durant cette période sous le nom du cru revendiqué un minimum de 50 % en moyenne des vins issus de l’assiette foncière figurant dans le dossier de candidature ;
- avoir des chais exclusivement réservés à la vinification et à l’élevage des vins issus de l’assiette foncière précitée au titre du classement ;
- mettre les vins en bouteilles dans l’exploitation.
La vérification des conditions d’admissibilité était effectuée par les services de l’Institut national de l’origine et de la qualité.
Le classement 2012 retint à partir des dossiers reçus 82 propriétés : 18 Premiers Grands Crus Classés et 64 Grands Crus Classés. La commission de classement avait souhaité décerner, ou maintenir pour les crus historiques, la distinction de Premier Grand Cru Classé A à quatre propriétés. Cependant, trois propriétés évincées déposèrent un recours pour annulation du classement auprès du tribunal administratif qui leur donna tort en décembre 2015. Les châteaux firent appel mais le classement de 2012 fut validé par la cour administrative d’appel de Bordeaux en mars 2022.
Alors même que le dernier classement n’était pas encore définitivement confirmé, l’appel à candidature pour le classement 2022 fut lancé par l’INAO. Ne se reconnaissant plus dans les critères du classement, Ausone et Cheval-Blanc, deux Premiers Grands Crus classés A depuis le tout premier classement, furent les premiers à annoncer leur non-participation, puis ce fut au tour d’Angélus de se retirer, fatigué par les diverses attaques en justice depuis 2006 dont avait fait l’objet le classement. Pour finir, La Gaffelière, déçu par la remise en question de son terroir, annonça lui aussi jeter l’éponge.
Le 8 septembre 2022, l’INAO dévoila le nouveau classement : parmi 114 dossiers déposés ont été élus 14 Premiers Grands Crus Classés et 71 Grands Crus Classés.
LES CLASSEMENTS DES CRUS BOURGEOIS DU MÉDOC 1932 – 2003 – 2020
LA SÉLECTION 2009 – 2017
En ce qui concerne le Médoc, les crus ne figurant pas dans le classement de 1855, ont à diverses époques, fait l’objet de classements.
On a distingué parmi eux jusqu’à six catégories différentes, ce qui pouvait sembler complexe ; aussi, la tendance fut-elle de les classer en trois catégories à partir du classement effectué en 1932.
Homologué par la chambre d’agriculture lors de sa séance du 27 juillet 1931, le règlement du classement des Crus Bourgeois du Médoc faisait état de certaines conditions, basé sur la notion de cru. Entre autres, il y était stipulé qu’il ne pourrait être adjoint à un Cru Bourgeois Supérieur ou à un Cru Bourgeois par acquisition, fermage ou métayage, que des terres de classement égal ou supérieur, et dans le cas où le propriétaire aurait adjoint à son domaine des terres de classe inférieure, il devra donner au vin récolté sur ces terres une autre dénomination que celle de son cru et en faire l’objet d’une déclaration de récolte distincte… exception faite toutefois dans le cas où la terre acquise, affermée ou prise en métayage, serait une terre de graves enclavée ou attenante au Cru Bourgeois Supérieur ou Bourgeois, après communication adressée par l’intéressé au syndicat de ces crus et approbation donnée par le Syndicat des courtiers assermentés, représenté par ses délégués.
Le classement de 1932 faisait une distinction entre la région du Haut-Médoc et celle du (Bas-) Médoc, et classait les crus en : Crus Bourgeois Supérieurs Exceptionnels, Crus Bourgeois Supérieurs et Crus Bourgeois.Jusqu’alors en Bordelais, à notre connaissance, seul le droit aux dénominations « Cru Bourgeois », « Cru Bourgeois Supérieur » et « Cru Bourgeois Supérieur Exceptionnel » en Médoc était lié par des références à certaines conditions de sol, d’encépagement, de culture, etc. Le classement de 1932 fut présenté à la séance du conseil d’administration de la chambre de Commerce lors de sa réunion du 12 mai 1932. Celui-ci était signé du nom des courtiers constituant la Commission : MM. Damade, Lawton, Moreau, Fillon et de Rivoyre. Il comprenait 444 crus : 6 Crus Bourgeois Supérieurs Exceptionnels, 99 Crus Bourgeois Supérieurs et 339 Crus Bourgeois. Il faut ensuite attendre 1972, pour qu’un nouveau texte
évoque le sujet des Crus Bourgeois.
L’article 5 de l’arrêté du 27 juin 1972 prévoyant le concours pour la mise à jour et l’établissement d’une hiérarchie de mérite dans les vins de Bordeaux produit par les crus situés dans l’aire géographique définie de l’AOC Médoc intéressant les Crus Classés, les Crus Bourgeois et les autres crus précisait que pour les Crus Bourgeois le titre pour lesquels le concours était ouvert devait être :
- Crus Bourgeois Exceptionnels devenu Crus Exceptionnels (arrêté du 18 août 1974) ;
- Crus Grands Bourgeois ;
- Crus Bourgeois.
Mais il fallut encore de nombreuses années pour que les Crus Bourgeois du Médoc parviennent à obtenir un classement spécifique.
Ainsi par arrêté du 30 novembre 2000 (paru au J.O. du 31 janvier 2001), le règlement d’organisation du classement des Crus Bourgeois pour les appellations d’origines contrôlées produites dans l’aire géographique définie de l’AOC Médoc retenait les mentions suivantes pour le concours à venir :
- Cru Bourgeois Exceptionnel ;
- Cru Bourgeois Supérieur ;
- Cru Bourgeois.
Ces dénominations devant être réservées aux seuls crus figurant au dit classement. Ce classement a été effectué et a fait l’objet d’un arrêté ministériel en date du 17 juin 2003. Un peu dans l’esprit de celui de Saint-Émilion, il était révisable tous les dix ans, et avait retenu 247 crus : 9 Crus Bourgeois Exceptionnels ; 87 Crus Bourgeois Supérieurs ; 151 Crus Bourgeois. Les critères pris en compte étaient : le terroir, l’état général de l’exploitation, les conditions de mise en bouteilles, la constance de la qualité du produit, la notoriété du cru, les qualités organoleptiques du vin, et la notion de cru, puisque ne pouvaient subsister uniquement des Crus Bourgeois dont la traçabilité est certaine au niveau des chais.
Ce classement a pris effet à compter du millésime 2003. Mais très rapidement il fut l’objet de contestations. Certains crus, qui ne figuraient pas sur la liste de l’arrêté du 17 juin 2003 engagèrent différentes procédures devant les tribunaux concernés. Ceux-ci obtinrent gain de cause en 2004. Le 27 février 2007, la cour administrative d’appel de Bordeaux ayant étendu à tous les crus concernés l’annulation du classement prononcée au bénéfice des requérants en 2004, la messe fut dite, il n’y eut plus que l’ombre d’un souvenir douloureux.
Le fait est que l’ensemble de ces propriétés se retrouvaient dans une situation absurde, car aucune ne pouvait à compter du millésime 2007 se prévaloir d’un quelconque « titre ». Plusieurs années de persévérance étaient ainsi rayées d’un trait. Nous ne pouvions que souhaiter l’élaboration d’un nouveau classement qui permettrait de voir renaître cette mention traditionnelle dans le Bordelais. Il aurait été dommageable qu’une partie de l’histoire et du patrimoine de ce vignoble soit laissée en pâture à d’autres régions du monde qui n’ont pas le souci réglementaire de notre vieille Europe, mais qui ont obtenu cependant l’assentiment de l’Union Européenne. Entre 2007 et 2009, grâce à une mobilisation sans égale des viticulteurs du Médoc regroupés au sein de l’Alliance des Crus Bourgeois du Médoc, la mention traditionnelle « Cru Bourgeois », datant de plusieurs siècles, renaissait grâce à la démarche de qualité rigoureuse mise en place par ce syndicat. Cette démarche collective a permis de sauver la mention, tout en proposant un gage de qualité reconnu.
Par décret du 20 octobre 2009 et arrêté du mois de novembre de chaque année, le ministère concerné portait homologation du cahier des charges et du plan de vérification relatifs à la sélection des Crus Bourgeois pour les appellations d’origine contrôlées produites dans l’aire de l’appellation d’origine contrôlée Médoc pour un millésime donné.
La démarche de qualité « Cru Bourgeois » était annuelle, accessible à tout cru du Médoc. Elle intervenait deux années après la récolte et consistait en une vérification de moyens, réalisée au travers d’un audit de chaque exploitation candidate et d’une vérification annuelle des résultats qui se concrétisait par une dégustation à l’aveugle. La démarche « Cru Bourgeois » validait la qualité réelle d’un vin sur un volume donné et la garantissait au consommateur final.
Basée sur un cahier des charges, cette démarche était complétée par un plan de vérification. Le respect des critères du cahier des charges et du plan de vérification par chaque exploitation était vérifié par un organisme indépendant.
La sélection officielle de ces Crus Bourgeois du Médoc était publiée chaque année en septembre depuis 2010 jusqu’en 2017, consultable sur le site de l’Alliance des Crus Bourgeois du Médoc : www.crus-bourgeois.com.
Mais dès 2013, une sous-commission créée en assemblée générale du syndicat fut chargée de travailler sur l’évolution de la mention Cru Bourgeois. Après validation du principe d’un classement quinquennal en 2015 et de son cahier des charges en 2016, 2017 fut le dernier millésime à être présenté en sélection annuelle avant le retour d’une hiérarchie « à l’ancienne ».
Le nouveau classement quinquennal des Crus Bourgeois du Médoc de 2020 porta sur les millésimes 2018, 2019, 2020, 2021 et 2022 et réintroduisit les mentions que nous connaissons bien : Cru Bourgeois, Cru Bourgeois supérieur et Cru Bourgeois Exceptionnel. Ainsi, 250 châteaux ont été élus, 14 Crus Bourgeois exceptionnels, 56 Crus Bourgeois supérieurs et 180 Crus Bourgeois.
Pour mémoire, et à titre historique nous publions conjointement les classements de 1932 et de 2003 dans le chapitre consacré au Médoc. Ils auront pour tous les œnophiles l’intérêt de pouvoir servir de repère historique.
LES CLASSEMENTS DES CRUS ARTISANS DU MÉDOC 2006 – 2018
La publication de ce classement est l’aboutissement d’un long processus, engagé par le Syndicat des crus artisans du Médoc. Elle concrétise la relance réussie d’une dénomination fort ancienne attribuée à ceux qui exerçaient la double activité de l’artisanat et de la vigne.
Les crus artisans existent depuis plus d’un siècle et demi. Notre édition de 1868 en faisait largement mention. En 1989, quelques châteaux s’étant regroupés pour faire renaître et promouvoir cette famille de crus, ils ont remis à l’honneur le terme « artisan » reconnu par l’Union européenne en 1994, date de leur première victoire.
Par arrêté du 3 mai 2002, le règlement d’organisation du classement confiait la charge de l’organisation à un comité associant les représentants des chambre de commerce et d’industrie de Bordeaux, chambre d’agriculture de la Gironde, de la Fédération des grands vins de Bordeaux ainsi que ceux du comité régional des vins et eaux-de-vie de l’Institut national des appellations d’origine pour la région Sud-Ouest.
La réalisation pratique du classement a été dévolue à un jury composé de 11 professionnels mandatés par leurs syndicats : deux courtiers et deux négociants en vins et spiritueux de la Place de Bordeaux, deux œnologues, deux personnes qualifiées en viticulture et 3 représentants du syndicat des Crus Artisans. Ce jury commença ses travaux fin 2003.
Le prélèvement des échantillons fut effectué sur les millésimes 1998, 1999, 2000, 2001. Ce prélèvement était effectué dans le respect des règles par un agent assermenté auprès de l’INAO. À l’issue de dégustations anonymes et en l’absence des représentants du syndicat des Crus Artisans, qui ne pouvaient être juges et parties, les dossiers furent examinés, complétés par la visite des exploitations candidates. Les décisions furent transmises individuellement à chaque propriétaire en 2004.
En février 2005, le jury présentait son travail au comité d’organisation pour validation. En novembre 2005, après un premier examen et un complément d’information, le comité national de l’INAO donnait un avis favorable, l’arrêté ministériel intervenait le 2 janvier 2006 et était publié au Journal officiel le 11 janvier.
Ainsi ce nouveau classement distinguait 44 crus pouvant utiliser la dénomination « Cru Artisan » dans l’étiquetage. Ils représentaient au moment du classement 340 hectares de vignes en production, dans les appellations Médoc, Haut-Médoc, Listrac-Médoc, Moulis en Médoc, Margaux, Saint-Julien, Pauillac et Saint-Estèphe.
Ce classement avait une validité de dix ans à partir du millésime 2005. Il a été complété par un arrêté du 8 août 2012 en intégrant 6 impétrants. Depuis 2017, ils se sont dotés d’un nouveau cahier des charges et ont entériné un classement quinquennal. Le dernier, en 2018, consacre 36 propriétés dont 8 nouvelles venues.